Préserver les zones humides de Maroilles en s'appuyant sur leur usage agricole

Les zones humides situées au confluent de l’Helpe et de la Sambre, sur le territoire de Maroilles, jouent un rôle crucial pour éviter les inondations durant les périodes de crue des deux fleuves. Telles des éponges, elles se gorgent d’eau et évitent ainsi des débordements vers les zones habitées. Elles sont par ailleurs une réserve naturelle pour une faune et une flore typiques de la région, et même le dernier bastion pour la reproduction de la Pie-Grièche Grise, oiseau emblématique du nord de la France aux côtés de la Pie-Grièche Ecorcheur. Enfin, n’oublions pas la beauté d’un paysage verdoyant, foisonnant, qu’il serait dommage de voir disparaître. Or, c’est bien ce qui était en train de se passer…

Acquérir progressivement les parcelles…

« A partir des années 70, nous avons vu fleurir les peupleraies et les huttes de chasse avec des étangs artificiels, explique Benoit Gallet, Chargé de mission territoire au Conservatoire des espaces naturels. Parallèlement, l’usage agricole des parcelles a régressé, avec pour résultat la disparition de l’environnement naturel.  C’est pourquoi nous nous sommes rapprochés de la Safer en vue d’acquérir les terrains pour les rendre à leur fonction d’origine ».

Après une première opération réussie sur 6 ha, la Safer et le Conservatoire ont signé une convention de partenariat en 2006 selon laquelle la Safer mènerait une veille foncière sur les prairies du territoire de Maroilles, se porterait acquéreur des parcelles libérées et les revendrait au Conservatoire après un délai permettant à celui-ci de réunir les fonds nécessaires pour financer son achat.

Les acquisitions ont été effectuées progressivement, majoritairement à l’amiable, en ciblant les propriétaires âgés, ou encore leurs héritiers, qui étaient prêts à céder leurs terres. Des arrangements ont pu être trouvés comme par exemple laisser l’usage à vie d’une hutte de chasse à un monsieur de 70 ans après qu’il ait vendu son bien. Résultat : en dix ans, lot par lot, 43 ha ont pu être achetés et transférés au Conservatoire.

« Nous bénéficions de la très bonne connaissance qu’a la Safer du marché agricole, souligne Benoit Gallet. Elle est informée des transactions en cours de préparation et a les moyens d’intervenir rapidement. Enfin, nous partageons le même souhait, tout comme la commune de Maroilles et le Parc naturel régional : associer le développement rural et la préservation de l’environnement ».

… et les restituer à leur usage agricole

L’objectif est de s’appuyer sur un usage agricole des terrains pour préserver le paysage typique de la vallée de la Sambre et son intérêt vis-à-vis de la faune et de la flore. C’est pourquoi les parcelles acquises par le Conservatoire ont été mises en location auprès d’agriculteurs du secteur, en leur demandant de respecter des contraintes environnementales.

Les exploitants bénéficient pour six d’entre eux de conventions d’usage et pour deux autres de baux ruraux environnementaux, qui sont préférés depuis qu’ils existent. Les loyers sont suffisamment bas, voire symboliques pour les conventions, de façon à tenir compte des obligations liées à la protection des espèces végétales et animales.

Jean Dreumont, par exemple, loue 10 ha au Conservatoire depuis 2006. « Le bail environnemental nous impose des contraintes comme '‘zéro azote'’, un nombre de bêtes à l’hectare limité à 0,4 UGB (Unité Gros Bétail) et un fauchage tardif, autorisé uniquement en juillet et septembre, précise-t-il. Mais cette location reste intéressante car elle m’a permis d’étendre la surface de mon exploitation et ainsi d’assurer sa viabilité économique ».

Antoine Carlier, quant à lui, s’est installé en 2011 dans le cadre d’une reprise d’exploitation laitière dans laquelle figurait 4,2 ha relevant du partenariat Safer-Conservatoire. « Cela m’a permis d’éviter d’acheter cette surface, commente l’agriculteur. Et comme nous avons signé un bail environnemental, j’ai obtenu le transfert de la référence laitière et des DPU attachés aux parcelles. De plus, ces dernières sont contigües à 5 ha attachés à une ex-hutte de chasse pour lesquels mon frère, avec qui je fonctionne en Gaec, bénéficie d’une convention de fauchage tardif auprès du Conservatoire. C’est une approche très cohérente ».

On le voit, la préservation de l’environnement et le monde agricole peuvent travailler ensemble pour maintenir en état des zones sensibles, pour le bien de tous. « Je retrouve le paysage de ma jeunesse, conclut Jean Dreumont. La nature, avec son marais, reprend ses droits et nous, agriculteurs, nous l’entretenons tout en menant notre activité d’entreprise agricole ».

Newsletter de Juillet 2014

 
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